Rennes juin 2032, 8h15. Fatima sort avec sa fille de son nouvel appartement dont elle est très contente. Elle a pu l’acheter à un prix abordable grâce au mécanisme du Bail Réel Solidaire qui en dissociant le foncier du bâti permet de maîtriser les prix de vente.
Ce matin, on est encore en alerte canicule. Heureusement que pour aller déposer sa fille à l’école, elle suit un des nouveaux chemins oasis, qui passent sous des arbres plantés en 2027 et leur permet de bénéficier d’un peu de fraîcheur. En arrivant à l’école du quartier qui a fait l’objet d’une rénovation récemment, elle apprécie encore plus cette cours végétalisée : cela ne fait que deux ans que les enfants en profitent, mais on sent vraiment son impact positif sur le climat scolaire et la chaleur dans l’école. Elle lui souhaite une bonne journée.
Elle reprend son vélo STAR, et poursuit jusqu’à son travail sur la piste cyclable double sens. Elle s’y sent en sécurité depuis que les travaux sur ce carrefour accidentogène sont achevés. En longeant la Vilaine, elle voit des oiseaux et aperçoit même des libellules en plein centre-ville. Grâce à la Zone à Faible Émission mise en oeuvre en 2025, la qualité de l’air s’est améliorée. L’adoption du Schéma d’Aménagement de Gestion des eaux de la Vilaine en 2026 a permis de bonifier la qualité de l’eau.
En sortant du travail, elle récupère son panier de légumes bio et locaux. Elle fait ensuite un complément de courses à l’épicerie coopérative sur son chemin grâce à l’aide qu’elle touche dans le cadre de la Sécurité Sociale de l’Alimentation, enfin mise en place par le gouvernement après des années d’expérimentation locale à la Ville. Elle récupère sa fille, passe arroser le potager citoyen de son quartier et elles filent ensemble à la salle rénovée du Triangle pour un concert.
La journée de Fatima est modelée par des politiques locales ambitieuses en faveur de la transition écologique, qui sont prévues pour ce mandat et qui visent à améliorer la qualité de vie de toutes et tous à Rennes. Nous nous sommes engagés au sein de notre majorité, à amplifier nos politiques de transition, avec des mesures ambitieuses pour les mobilités, la rénovation énergétique des logements, la végétalisation de notre ville, la sortie des pesticides et le soutien à une alimentation durable, ou encore la réduction des déchets et le développement du réemploi.
Toutefois, nos priorités politiques se heurtent à un contexte pour le moins défavorable. Nous devons composer avec un contexte budgétaire national calamiteux, avec un Etat qui fait peser démesurément l’effort de redressement des comptes publics sur les collectivités. La semaine dernière, le comité d’alerte des finances publiques a encore annoncé une nouvelle coupe drastique de 6 milliards dans le budget national, évidemment sans imaginer de nouvelles recettes fiscales, notamment auprès des plus grandes fortunes. Ces coupes signifient donc à nouveau, un énième cycle de désengagement dans nos territoires et un recul des services publics, que les collectivités ne pourront pas compenser.
Nous devons aussi composer avec les renoncements politiques catastrophiques du gouvernement sur ses politiques de transition écologiques, qui se comptent à la pelle :
- la division par 3 du budget du fond vert dédié aux collectivités ;
- la diminution de Ma Prime rénov’ ou encore du plan vélo ;
- les suppressions de la fiscalité sur les SUV, de la taxe sur les emballages plastiques sous la pression des lobbys et plus récemment des Zones à Faible Émission. Si les ZFE manquaient d’une politique ambitieuse en faveur du développement des transports collectifs et d’aides financières pour les ménages pauvres, elle restait un outil d’amélioration de la qualité de l’air dans notre pays où plus de 40 000 personnes meurent chaque année de maladies liées à la pollution de l’air. La suppression des ZFE va à rebours des exigences européennes et annonce de futures amendes que la France devra payer pour non-respect du seuil de dioxyde d’azote.
- Dans la suite de la loi Duplomb de 2025, qui facilite les mégabassines, l’installation et l’agrandissement de fermes-usines, un nouveau projet de loi Duplomb 2 prévoit la réintroduction de l’acétamipride, le pesticide tueur d’abeilles. C’est dans la droite ligne du moratoire sur l’eau, issu de la pression des lobbys agricoles, qui ont empêché l’adoption du Schéma d’Aménagement de Gestion des Eaux de la Vilaine et ses mesures en faveur de la réduction des pesticides et de l’amélioration de la qualité de l’eau.
Et pourtant, malgré ces nombreux reculs, les scientifiques ne savent plus comment exhorter les responsables politiques à agir : à agir vite, à agir à grande échelle, à agir maintenant. Les bouleversements climatiques vont s’intensifier, tant dans leur fréquence que dans leur ampleur. En février, nous étions dans un état de crue généralisée, inédit depuis la création de vigicrues. Actuellement, nous traversons une vague de chaleur anormale et précoce. Le 7 avril, le seuil des 25 °C a été dépassé à Rennes, soit douze degrés au-dessus des normales saisonnières.
Il y a 3 jours, le 24 avril était aussi le jour du dépassement. Chaque année, toujours plus tôt, il est le jour symbolique à partir duquel la France a épuisé les ressources naturelles que son territoire peut renouveler.Il est donc plus qu’urgent de remettre le climat et les sujets environnementaux à l’agenda politique, d’engager la transition de notre société pour ralentir les dérèglements climatiques et s’adapter au mieux au futur qui se prépare pour nous, pour continuer de vivre bien à Rennes.
