| Conseil municipal du 29 Juin 2026Intervention portée par Gaëlle Rougier au nom des élu·e·s écologistes, fédéralistes et citoyen·ne·s |
Madame la maire, chers collègues,
50 ans.
50 que les Écologistes, en tant que parti politique, appellent à une transformation de nos modèles économiques, agricoles, sociaux afin d’éviter la crise climatique. 50 ans à militer aux côtés des scientifiques, des associations, des défenseurs du vivant à , des pays du sud et des peuples dits autochtones.
Parfois moqués, souvent ignorés, relégués à de simples cassandres qui auraient trouvés là un filon politique à exploiter. J’ai entendu les responsables politiques de droite tous les uns après les autres nier puis minimiser la gravité de cette crise. Au national mais bien-sûr dans ce conseil municipal, combien de fois avons-nous entendu ici conspuer la soi-disant écologie punitive.
Ecologie punitive ? Pour qui ?
Aux collègues de l’opposition qui ont répété cette absurdité avec constance depuis des années, j’aimerais demander : où est la punition aujourd’hui ? Dans le fait de devoir changer parfois ses habitudes, laisser la voiture, prendre les TC, faire de la place aux arbres, à la fraîcheur, pour adapter la Ville et réduire nos émissions de GES ou mourir de chaud ? Et je veux dire littéralement mourir, au sens premier, comme cette quinzaine de Rennaises et Rennais morts de cette dernière canicule. Ces travailleuses précaires, livreurs Uber, ouvriers du bâtiment, comme ce jeune homme mort en mai sur un chantier… Les familles en quartiers populaires obligées d’investir les sous-sols de leurs logements ou encore les étudiants contraints littéralement d’abandonner le leur pour se réfugier chez leurs parents ?
Et qui est puni aujourd’hui ? Les Ecologistes l’ont toujours dit, si la crise climatique met en danger l’ensemble de la population, les premières victimes sont sans surprise, les plus pauvres, les plus fragiles, les personnes isolées, en errance ou vivant seules, âgées, avec des pathologies chroniques ou des troubles mentaux. Les urgences saturent et le système de soins est en souffrance. Fin du monde et fin du mois : même combat, ce n’est pas qu’un slogan, c’est l’alliance objective de deux réalités qui se renforcent
Et une pensée, à toutes celles et tous ceux qui, en l’absence d’un congé climatique, ont dû continuer à travailler sur le terrain. Je voudrais saluer nos agents municipaux qui ont été mobilisés pour assurer la continuité du service public.
Humains, faune et flore, tous en danger
Mais cette crise climatique est aussi une crise du vivant. La pollution, les pesticides, les tempêtes, les inondations, les incendies et maintenant et surtout ces chaleurs extrêmes tuent aussi la flore et la faune. C’est l’hécatombe chez les animaux sauvages mais aussi dans les fermes, sans parler de nos compagnons domestiques qui souffrent aussi.
Et qui dit chaleurs extrêmes, dit sécheresses. En pleine loi d’urgence agricole qui, encore, fait la part belle aux demandes des lobbies, l’accès à l’eau va devenir problématique. Qui souffrira le plus de la privation d’eau potable ?
Sans parler des conséquences sur les infrastructures, électriques, routières, sur le bâti, mis à rude épreuve.
Le climat : un déni collectif
La gauche traditionnelle n’a pas toujours été en reste et subsiste en partie la défenseure d’une croissance et d’un productivisme incompatibles avec les objectifs climatiques,. A l’extrême-gauche aussi, j’ai entendu à une époque que le réchauffement climatique n’était qu’une invention bourgeoise pour effrayer et détourner l’attention du peuple des luttes sociales. Une gauche dite radicale qui a largement contribué à mobiliser la jeunesse sur la défense des acquis sociaux mais a peu participé aux marches climat d’il y a 5 ans où, seuls les Ecologistes, en tant que parti, étaient aux côtés, à nouveau des scientifiques,des citoyens et notamment des jeunesses.
Le déni ou du moins l’envie de ne pas fixer l’éléphant dans la pièce est fort. Dans le cycle du deuil, on dit que la phase du déni précède celle du découragement avant celui de la résilience. Je pourrais donc me dire qu’il nous suffit d’attendre. D’attendre qu’une partie de nos décideurs politiques, mus par une forme de réflexe de survie, en arrivent à la conclusion logique qu’il nous faut changer de logiciel.
Mais attendre, nous n’en avons pas le luxe. Nous n’avons pas le temps que nos dirigeants lisent enfin les rapports successifs du GIEC. Nous n’avons pas le temps que nos gouvernants décident enfin de faire contribuer les plus riches à la transition, ce qu’il se refuse catégoriquement à faire par pur électoralisme et dogme libéral.
Nous n’avons pas le temps d’expliquer encore et encore que seule un retour d’une fiscalité locale peut permettre de financer cette transition, portée principalement par les collectivités locales, enfin au moins celles qui en appréhendent les enjeux vitaux. Car le fond vert a disparu ou presque et lorsqu’on décortique les annonces des quelques milliards d’aides promis ces derniers jours, on voit très vite que les écoles ne seront pas éligibles par exemple.
Clim ou pas clim : sandales ou tongs
Le débat sur la transition est détourné par la droite et l’extrême-droite pour le réduire à cette simple question : clim ou pas clim ? Sandales ou tongs, casquette ou chapeau ? Ce débat n’est vraiment pas au niveau des enjeux. Mais ça permet de pointer, par un retournement cynique du raisonnement, les Ecologistes qui seraient responsables des morts prématurées des plus fragiles par leur refus de la clim
Lorsque le sage montre la lune…
Mais de qui se moque t-on ? Peut-être que si les écologistes n’avaient pas parlé du réchauffement climatique, ce dernier n’existerait pas. Après tout…Et me vient alors en tête ce proverbe chinois : lorsque le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt.
Les leçons d’écologie de la droite : non merci !
Car des leçons d’écologie, d’adaptation à ces phénomènes extrêmes, ça ce soir, nous allons sûrement en avoir.
Mais je vous le dis très directement : de mon point de vue les leçons en la matière ne seront pas appréciées de la même façon selon leur origine sur les bancs de notre conseil.
En tant qu’élu·es en charge de politiques sectorielles, nous répondrons aux interrogations, notamment pour ce qui me concerne, à propos des écoles, c’est normal, nous sommes redevables à nos concitoyen.nes de ces réponses et des choix faits en conscience et de façon collégiale, en cellule de crise, mais que l’on a évidemment le droit d’interroger.
Mais les leçons venues de la droite, la même qui au national a enterré les conclusions de la convention citoyenne du climat, qui refuse de rejeter la loi Duplomb et cède aux lobbys des pesticides, celle qui veut rétablir le plastique à la cantine, celle qui a supprimé la quasi intégralité du fonds vert, celle qui attaque méticuleusement tous les outils de la transition comme l’ADEME ou encore celle qui a supprimé l’aide à la pierre et a fait plonger la filière de l’immobilier et de sa rénovation dans une crise sans précédent.
Celle là-même qui localement vous explique avec la constance de l’obsession qu’il ne faut pas planter des arbres à la place des parkings, que les pistes cyclables prennent trop de place et que le centre-ville de Rennes doit être accessible à toute heure, en voiture. Et qu’il faut arrêter de vouloir changer notre modèle agricole émetteur de GES et qu’il faut laisser faire les acteurs économiques comme ils l’entendent parce qu’ils sont, par essence bons et responsables.
De cette droite-là, caricaturale, biberonnée à l’économie capitaliste sous perfusion de pétrole et d’énergies fossiles, cette droite qui remet la légion d’honneur au plus grand climaticide de tous les temps, de cette droite-là, à la fois pompier, à la fois pyromane, nous n’avons aucune leçon à recevoir.
Que ce soit clair.
La transition heureuse c’est fini, il faut agir
27 ans.
C’est l’ancienneté de mon engagement chez les Ecologistes. 27 ans que je défends, aux côtés de mes camarades et collègues élus, une transition heureuse pour éviter le pire.
Aujourd’hui de transition heureuse, il n’y aura plus. Les climatologues nous le disent, il est trop tard, de part l’obstruction au changement et le refus d’agir. Je ne baisse pas les bras, nous devons aller plus vite dans l’adaptation mais surtout, il nous faut agir et réduire nos GES.
Tout refus de procéder à ce changement relève désormais du crime qui n’existe pas encore en droit mais qui existe en faits : du crime contre le climat et donc contre l’existence même de notre espèce et de toutes les autres sur terre.
Il faut que ce soit dit,
Je vous remercie.
– Seul le prononcé fait foi –
