| Conseil municipal du 29/06/2026Intervention portée par Lucile Koch au nom des élu·e·s écologistes et citoyen·ne·s sur la délibération n°49 : Mme Boukhenoufa F. : Administration générale – Dénominations de voies, d’espaces et d’équipements (CVQSC 05) |
Madame la Maire, mes chers collègues,
Aujourd’hui, notre conseil municipal s’apprête à donner le nom de Robert Badinter au parvis situé devant le Parlement de Bretagne.
Nous souhaitons saluer cette proposition.
Donner le nom de Robert Badinter à l’ancien siège de la justice en Bretagne est une façon de rappeler l’engagement qu‘il a consacré toute sa vie à la défense de l’État de droit, de la justice et des droits fondamentaux.
Robert Badinter fut avocat, garde des Sceaux et ministre de la Justice, président du Conseil constitutionnel, sénateur, mais aussi l’une des plus grandes consciences morales de notre vie publique.
Son engagement trouve notamment sa source dans son histoire personnelle. Marqué par la Shoah et par l’assassinat de son père au camp d’extermination de Sobibor, il consacra sa vie à la défense de la dignité humaine et à la lutte contre toutes les formes de discrimination.
Son nom reste avant tout associé à l’abolition de la peine de mort en 1981. Le discours qu’il prononça devant l’Assemblée nationale demeure l’un des grands moments de notre histoire parlementaire. Il y défendait une idée simple mais fondamentale : la justice n’est pas la vengeance. Une démocratie ne se grandit pas en tuant au nom du peuple, elle se grandit en affirmant que la dignité humaine demeure intangible, quelles que soient les fautes commises.
Dans ce combat, Robert Badinter s’inscrivait dans une longue tradition républicaine et humaniste pour une justice plus humaine, celle de Victor Hugo, de Jean Jaurès et de tous les abolitionnistes. Cet héritage demeure d’une grande actualité.
Car si la peine de mort a été abolie, les réflexes qui la nourrissent n’ont pas disparu. À chaque crime particulièrement odieux, à chaque période de tension ou de peur collective, ressurgissent des discours qui réclament davantage de brutalité, davantage d’exclusion, parfois même le retour de la peine capitale.
L’extrême-droite et la droite extrême appellent à son rétablissement avec constance. Dans le sillon de l’affaire Lyhanna, Nicolas Dupont-Aignan a lancé une tribune pour le retour de la peine de mort. La semaine dernière, une eurodéputée proche de Bruno Retailleau proposait également son rétablissement.
Mais le plus inquiétant est aussi la montée de cette idéologie réactionnaire dans une partie de la jeunesse. Il nous faut inlassablement rappeler, dans les programmes d’Enseignement Morale et Civique, les fondements de l’abolition de la peine de mort. Le grand combat de Robert Badinter nous disait avec justesse que c’est précisément dans ces moments de vacillement des opinions, qu’il faut tenir bon.
Mais son action ne se résume pas à l’abolition de la peine de mort. Comme ministre de la Justice, il fit également supprimer la Cour de sûreté de l’État, juridiction d’exception héritée de la guerre d’Algérie. Il porta en 1982 la dépénalisation de l’homosexualité. Il œuvra au renforcement des libertés publiques, des droits de la défense et de l’indépendance de la justice.
Autant d’avancées qui témoignent d’une même conviction : les droits humains progressent lorsque les principes ne cèdent pas devant les circonstances.
À l’heure où les idées autoritaires s’enlisent dans de nombreuses démocraties et où certains droits sont à nouveau contestés, l’héritage de Robert Badinter nous rappelle que les libertés se défendent et se transmettent.
Je vous remercie.
– Seul le prononcé fait foi –
