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À la une Conseil municipal Mobilités – Déplacements – Transports Valérie Faucheux

Stationnement automobile : vers un partage plus juste de l’espace public

Présentation par Valérie Faucheux, adjointe aux mobilités de la Ville de Rennes, des délibération 55 à 58.

Introduction

Évasion, Laguna, Touran, Galaxy… autant de noms de voitures que l’industrie automobile a promu invitant au voyage. Nombreuses sont les publicités où le modèle rutilant traverse à la levée du jour de grands espaces aux paysages extraordinaires, sur des musiques grisantes. 

Depuis les années 50, la conviction que la voiture est un outil de liberté est durablement ancrée dans l’imaginaire occidental. Pour citer Charles Trenet, « Il faut la prendre qu’on aille à Rome, à Sète. Que l’on soit 2, 3, 4, 5, 6 ou 7. On chante, on fête, on est heureux Nationale sept ». Conduire, c’est aller où on veut, quand on veut, avec qui on veut, par tous les temps, à tous moments. La parfaite définition du bonheur et de la liberté ? 

Liberté ou pseudoliberté, celle-ci a bien un prix : 48 000 morts par an en France sont imputables à la pollution automobile d’après Santé publique France. Environ 3 500 personnes meurent chaque année sur les routes (conducteurs, passagers, motards, cyclistes, piétons) et 70 000 autres sont blessés, parfois à vie. Des chiffres qui ne baissent plus depuis 2012. Sans compter que le transport routier participe à 40 % de la production des GES qui transforment dramatiquement le climat de la planète. Tout le monde admettra que c’est là une liberté plutôt chère payée.

En ville, l’autosolisme massivement pratiqué génère pollution, bruits, embouteillages, des heures perdues à chercher un stationnement, mais aussi un encombrement démesuré des espaces publics, avec une tension forte sur certains secteurs de notre ville. Trois phénomènes viennent renforcer cette tendance : 

  • l’habitude de se stationner dans des quartiers à proximité à son travail, de la gare ou des stations de métro à la journée, mais aussi plusieurs jours voire plusieurs semaines rendant difficile le stationnement pour les riverains. 
  • Le maintien d’un nombre important de véhicules par ménage dans les quartiers résidentiels 
  • La transformation en pièces de vie ou débarras des garages, par ailleurs trop petits pour accueillir les nouveaux gabarits de voiture et notamment les SUV, qu’on préfère stationner dehors. 

Alors monte le sentiment tenace « qu’on ne peut plus se garer », et qu’il faudrait davantage de places de parking. Pourtant, de places, notre ville n’en manque pas : +20 000 sur voirie, 6 200 places en parkings publics et 2 200 places sur 4 parkings relais et bientôt 2 000 de plus avec les parkings relais de la ligne B. Mais ce sont les mésusages que je viens d’évoquer qui donnent cette impression de rareté et rendent difficile la vie des habitant·e·s. La conséquence est un nombre croissant de conflits sur le partage de l’espace public, chacun considérant avoir un droit de détention d’une portion d’espace public au nom de ses choix de mobilité. Ce qui réduit d’autant la capacité de la collectivité à en garder la maîtrise.

Il y a donc urgence pour nous, collectivité, de reprendre le contrôle de nos rues, d’accorder à la voiture sa juste place, une place acceptable. Une place raisonnable. Rappelons qu’une voiture occupe au moins 10 m2.  Avec +20 000 places sur voirie comme je viens de le dire c’est au moins 20 ha de notre ville que nous destinons à des véhicules en stationnement. 20 ha, pour se donner un ordre de grandeur c’est 40 terrains de football (de quoi faire rêver le Stade rennais :). C’est beaucoup, surtout pour un objet dont la principale fonction est de rouler, mais qui reste 95 % de son temps… à l’arrêt (étude Ademe). Et quand nous l’utilisons, c’est à 70 % pour effectuer des trajets de moins de 3 km, qui pourraient donc facilement être effectués à pied, en vélo ou en transports ! 

Une fois que nous avons pris conscience de cette hégémonie spatiale de la voiture, nous devons réfléchir à comment mieux partager l’espace. Remettre l’automobile à sa juste place permet de libérer des espaces pour d’autres usages nécessaires dans le cadre de l’adaptation de la Ville au réchauffement climatique. Il nous faut agrandir les trottoirs qui sont parfois exigus pour favoriser la marche, créer des pistes cyclables et sécuriser les itinéraires sans être menacé par une portière qui s’ouvre, développer le stationnement vélo. Il nous faut aussi végétaliser nos rues et apporter de la fraîcheur, désimperméabiliser les sols, recréer des espaces à vivre. Et comme nous ne sommes pas la caricature anti-bagnole que certains essaient de véhiculer, c’est aussi l’occasion de développer davantage l’autopartage, qui remplace 5 voitures donc permet une économie de 4 places de stationnement.

Ainsi, notre politique de stationnement est au cœur de notre stratégie de changement des mobilités (PDU) : covoiturage, autopartage, transports collectifs, marche à pied et vélo. 

Pour permettre cette diversification de l’offre de mobilités, on l’aura compris, la régulation du stationnement est déterminante. C’est l’objet des délibérations que je vais vous présenter maintenant.

Ainsi, réguler passe par : 

  • 1- L’extension des zones payantes dans les quartiers résidentiels au regard des besoins : Ce soir, je vous soumets les 3 premières extensions. D’autres suivront les prochaines années. Nous vous les présenterons après avoir préfiguré les périmètres et surtout consulté les habitant·e·s concernés.
  • 2-  Une politique tarifaire qui reste suffisamment dissuasive pour les automobilistes qui ont d’autres alternatives (Transports en commun, parkings en ouvrage…) sans nuire aux riverains et aux entreprises situés sur le secteur payant (delib 2/3). Par ailleurs, nous travaillons aussi à la mise en place d’une tarification sociale et solidaire du stationnement sur le modèle de celle que nous appliquons pour l’accès au transport en commun afin de ne pas mettre en difficulté les ménages disposant de faibles revenus. 
  • 3-  Des investissements importants que je vous présenterais dans la 4e délibération
  • 4-  Réguler c’est aussi contrôler. Avec ces extensions, il nous faut adapter notre dispositif de gestion de contrôle du stationnement du fait de l’élargissement du périmètre et ce d’autant plus que les moyens n’ont pas été étoffés ces dernières années malgré les extensions précédemment décidées. 

Pour autant cette activité doit demeurer sous maîtrise publique sous contrôle des élus et de la collectivité, car il n’est nullement dans nos intentions de transférer à une entreprise privée la gestion et la surveillance de l’occupation du domaine public. En restant dans un cadre de gestion publique, nous voulons mieux contrôler et surtout continuer à bien contrôler. 

Délibération n°55

Je vous demande d’approuver l’extension du stationnement payant en zone verte sur les 3 secteurs suivants : 

  • Sud gare à l’ouest de la rue de l’Alma
  • Mabilais à l’ouest du bd Malakoff et de la rue Claude Bernard
  • Secteur autour de la future station Jules Ferry sur le quartier 2

Ces 3 extensions ont été décidées suite aux nombreuses interpellations reçues des habitant·e·s de ces quartiers. 

L’installation des horodateurs est en cours pour une mise en œuvre progressive au dernier trimestre 2022. Les habitant·e·s recevront prochainement une information leur expliquant précisément toutes les modalités, notamment en matière d’abonnement, qui sont extrêmement facilitées. En effet, toutes les démarches d’inscription peuvent être effectuées en ligne ou en direct auprès du bureau du stationnement. 

Je profite à cet instant pour remercier vivement le Service de mobilité urbaine qui m’accompagne dans la définition de cette stratégie et ainsi que toute l’équipe de l’unité du stationnement payant, notre service en régie. Outre la pose des horodateurs qui va s’effectuer de juin à l’automne, ils sont chargés toute l’année de la gestion et de la maintenance des appareils assurant ainsi le très bon fonctionnement du service. Rares sont les pannes et les incidents ce qui réduit évidemment les raisons de réclamations et de contestation des usager·e·s envers la collectivité. De même, ils assurent un accompagnement de grande qualité auprès des habitant·e·s qui viennent souscrire leur abonnement. Mme La directrice générale des services, je vous remercie de leur transmettre notre grande reconnaissance au regard de leur implication, du travail effectué et de celui que ces nouvelles extensions va leur demander.

Délibération n°56

 Je vous demande d’approuver la nouvelle grille tarifaire de la redevance d’occupation du domaine public. 

Celle-ci prend en compte : 

  • Le principe d’augmentation des tarifs des services municipaux de 2,6 % que nous avons adopté lors de la séance du conseil du 6 décembre dernier pour tenir compte de l’inflation. Je rappelle que ces tarifs n’ont pas évolué depuis 2012. Avec le jeu des arrondis et pour faciliter le paiement en espèces aux horodateurs, nous avons parfois modifié les quotités horaires du stationnement. Pour les mêmes raisons, certains tarifs restent inchangés. C’est le cas du paiement au ticket par demi-journée ainsi que le tarif à destination des professionnel·le·s notamment des artisan·e·s. Tout le détail se trouve dans la délibération.
  • La mise en place d’un tarif adapté aux activités des garagistes afin de leur permettre de stationner les véhicules de leur clientèle. Ils pourront réserver jusqu’à 10 places par entreprise pour un coût de 300 € par place, c’est-à-dire moins de 1 € par jour ouvré. 
  • Enfin, nous faisons évoluer le zonage des résident·e·s : De 2 zones, nous passons à 5 zones de stationnement dont le périmètre est précisé dans la délibération afin de ne pas inciter les déplacements en voiture entre les secteurs, donc sur de courtes distances. Par exemple, un·e habitant·e de Mabilais ne pourra pas profiter de son abonnement pour se stationner sur le secteur de Sud Gare. 

Délibération n° 57

Afin de tenir compte des évolutions que nous venons d’adopter et de modification administrative, il nous faut réactualiser le Règlement de service. 

La mise à jour intègre les nouveaux périmètres, le zonage, les nouveaux tarifs ainsi que la modification des pièces justificatives pour bénéficier du tarif résident

Délibération n° 58

Les extensions décidées ce soir et celles à venir l’an prochain impliquent un investissement important de 2 millions € destinés à l’achat de 300 horodateurs pour lequel nous avons sollicité un fonds de concours de la métropole.

Il me faut rappeler et éviter ainsi les faux débats que les recettes des tickets et des abonnements qui reviennent seuls à la Ville couvrent que très légèrement plus les dépenses affectées à savoir le coût du matériel, de sa maintenance et des personnels qui en ont la charge. 

Ainsi, compte tenu du fait que la mise en place du stationnement payant participe à la mise en œuvre de la stratégie de Mobilité définie dans le Plan de déplacement urbain et qu’elle perçoit une grande partie des recettes du Forfait de poststationnement, la Métropole a accordé à la Ville de Rennes une participation pour la moitié des sommes engagées à savoir 1 million d’€.

Je vous remercie d’approuver la convention établie entre nos 2 collectivités