Catégories
À la une Conseil municipal Prévention – Médiation – Sécurité

Sécurité et prévention de la délinquance : renforçons la proximité avec les habitant·e·s

Les enjeux de la Stratégie Territoriale de Sécurité et de Prévention de la Délinquance sont importants, car ils concernent notre quotidien, ils concernent aussi l’égalité de nos concitoyen.ne.s et l’ambition que nous avons de construire une ville apaisée. Les enjeux de sécurité font souvent l’objet de débats polémiques, rarement constructifs et souvent instrumentalisés. Ils font beaucoup plus rarement l’objet d’un travail de fond qui permet de traiter chaque problème à sa racine.

Intervention de Valérie Faucheux au nom du Groupe écologiste et citoyen lors du conseil municipal du 13 septembre 2021.

Fort de ces constats, nous avons fait le choix ici à Rennes de considérer ce sujet avec toute l’importance qu’il mérite. Nous avons pour cela fait le choix d’un débat citoyen, d’un travail de co-construction de notre politique de sécurité et de médiation à travers la démarche de Livre Blanc. 

La Stratégie Sécurité et de Prévention de la Délinquance pour la période 2021-2026 est en partie le fruit de cette démarche. Il est intéressant de constater que pour les Rennaises et les Rennais, ce sont bien les enjeux d’éducation, de prévention, de solidarité et de dialogue qui sont privilégiés pour répondre aux problèmes de sécurité. La parole de nos concitoyennes et concitoyens fait ressortir une volonté de renforcement de la présence humaine, des éducateurs et médiateurs aux abords des écoles et le soutien des parents d’enfants exposés à la délinquance. Nous les partageons évidemment. 

Oui, nous avons besoin de plus de médiateurs, de plus d’éducateurs, d’une police de proximité qui soit à l’écoute des habitant·e·s, d’une police municipale qui intervienne aussi plus sur les enjeux de sécurité routière, d’une police nationale qui soit plus disponible, plus  proche des habitants et plus présente la nuit dans certains quartiers. Nous avons besoin aussi d’une politique renouvelée en matière de lutte contre les trafics de drogue qui gangrènent toujours plus la vie de nos villes. Le rapport parlementaire présidé par une députée Les Républicains sur le cannabis et qui promeut une régulation des trafics par la légalisation du cannabis nous semble être parmi les pistes à explorer.   

Nous sommes convaincus que la sûreté locale repose sur une approche préventive et partenariale. À l’échelle d’une ville, la sûreté est une co-production d’un ensemble d’acteurs : police municipale, police nationale, justice, agent-e-s de surveillance de la voie publique, médiateurs, éducateurs, et articule différentes politiques publiques : aménagement du territoire, jeunesse, culture, sport, lutte contre la pauvreté et les discriminations, santé… 

La Stratégie Territoriale de Sécurité de Prévention de la Délinquance va bien dans ce sens d’une action globale et à 360°. 

Pourtant certaines mesures affichées dans cette stratégie telles que l’utilisation de pistolets à impulsion électrique, la multiplication des missions effectuées en commun par les deux polices, l’extension des horaires de la Police Municipale la nuit et le développement de la vidéosurveillance nous posent question. 

Nous ne les partageons pas, mais plus encore ces éléments n’apparaissent pas comme prioritaires dans les besoins remontés par les habitants lors de la consultation du livre blanc. 

Les missions de la Police Municipale ne doivent pas se confondre avec celles de la Police Nationale car la Police Municipale n’a pas les mêmes prérogatives ni les mêmes capacités d’intervention. Au cœur de ses missions : assurer la prévention et la tranquillité publique. Renforcer les missions de proximité de la Police Municipale, c’est recréer du dialogue et du lien avec les habitantes et les habitants et participer à faire reculer l’insécurité. C’est par exemple permettre aux agent.es de consacrer du temps à la prévention routière, à la lutte contre les incivilités et à un meilleur partage de l’espace public entre piétons, cyclistes et automobilistes. 

L’État doit assumer ses responsabilités et sortir de l’ambiguïté en menant une réflexion sur les priorités et sur les moyens permettant à la police nationale et à la justice de jouer pleinement leurs rôles dans la lutte contre la délinquance. Nous serons également attentifs à la mise en place d’actions qui contribueront à améliorer les rapports et le dialogue entre la Police Nationale et les Rennaises et Rennais, axe de travail qui apparaît à plusieurs reprises dans le cadre de la stratégie territoriale. 

Enfin, le choix de la vidéosurveillance ne s’impose pas. Il contribue à répondre de manière partielle et inefficace au sentiment d’insécurité. Il tend à déplacer la délinquance dans les zones limitrophes non équipées de caméras et ne contribue pas de manière significative à l’élucidation des délits. Il fait aussi peser les coûts sur notre collectivité et entame les libertés publiques. Le rapport que nous avions commandé à ce sujet au sein de la Ville de Rennes il y a trois ans était clair sur le sujet et pointait une grande inefficacité de la vidéosurveillance. Pour notre part sur ce point nous n’avons pas changé d’avis. 

Si nous partageons largement les orientations en matière de prévention, de médiation, de citoyenneté, d’éducation, les éléments que je viens de citer nous empêchent d’approuver pleinement cette stratégie, nous nous abstiendrons donc sur cette délibération. 

Intervention sur la délibération n°16 : Interventions sociales et santé – Tranquillité publique, prévention de la délinquance – Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance – Adoption de la Stratégie Territoriale de Sécurité et de Prévention de la Délinquance 2021-2026