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Eclairer moins les villes, préserver la faune et la flore, améliorer le sentiment de sécurité dans l’espace public

Madame la Présidente, mes chers collègues,

L’humain n’a jamais aimé se retrouver dans le noir. Depuis la torche en bois jusqu’à la lampe électrique, les humains ont depuis longtemps cherché à éclairer la nuit. 

La faune et la flore, elles, ont besoin d’obscurité. Elle est essentielle à leur vie. Le sur-éclairage des villes a généré des pollutions lumineuses qui impactent très fortement à la fois les animaux nocturnes mais aussi les arbres et les plantes. Les oiseaux ne voient plus les étoiles et se désorientent. Certains animaux attirés par la lumière se retrouvent piégés et meurent tandis que d’autres, fuyant la lumière, voient leur espace de vie se restreindre et leurs habitats se fragmenter. 

N’oublions pas non plus que le sur-éclairage des villes impactent aussi le sommeil des habitantes et habitants. Le temps de sommeil ne cesse de se réduire de décennie en décennie avec des impacts forts sur la santé. 

C’est tout l’enjeu des trames noires dont l’objectif est de protéger la biodiversité nocturne des pollutions lumineuses, mais aussi les habitantes et habitants, en laissant la place à la nuit. 

C’est précisément ce qu’a mis en œuvre la ville de Rennes dès 2012 dans son schéma directeur d’aménagement lumière, la rendant assez précurseur sur ce sujet. 

Il y a un siècle et demi, l’électrification des villes a été une vraie révolution. Aujourd’hui, nous devons repenser l’éclairage public à l’aune des enjeux de biodiversité mais aussi du climat, de la sobriété énergétique et de l’explosion des coûts de l’énergie. Le meilleur moyen de diminuer la consommation liée à l’éclairage public, c’est encore de limiter la durée d’éclairage. Il s’agit donc d’éclairer moins. 

C’est également le choix qu’a fait notre métropole en 2023 en adoptant le SCAL. Ce schéma de cohérence d’aménagement lumière a introduit un changement des horaires d’éclairage permettant de baisser de 20% la consommation énergétique et de mieux maîtriser nos dépenses. Dans le même temps, le transfert de cette compétence à l’échelle métropolitaine a permis aux communes la modernisation de leurs lampadaires qui se trouvaient dans un état plutôt vétuste. Une vraie avancée donc. 

La réduction de l’éclairage dans les villes a pu conduire à des préoccupations légitimes sur les enjeux de sécurité dans l’espace public. Pourtant, les études n’établissent aucune corrélation significative entre la baisse de l’éclairage et les accidents causant des dommages aux personnes ou des faits de délinquance (étude à Berlin entre 2006 et 2008, étude de Chloé Beaudet en France). 

Pour autant, le travail de Marylène Lieber, sociologue suisse, montre que l’éclairage impacte le sentiment d’insécurité des femmes dans l’espace public. Dans une expérimentation de ville sans lumière, les femmes se censurent et renoncent à sortir de chez elles. Il faut prendre au sérieux ce ressenti et ses impacts. C’est donc un sujet important, qu’il nous faut travailler. Des balades urbaines nocturnes, comme à Lyon, peuvent par exemple permettre aux femmes de se réapproprier l’espace public de façon collective et d’identifier des éventuelles zones sensibles qui devraient faire l’objet d’une attention particulière.

Rappelons toutefois que la majorité des violences sexistes et sexuelles ne sont pas commises par des inconnu·es dans l’espace public mais plutôt dans le cadre privé, familial ou amical. Plus de 9 victimes de viols connaissaient leur violeur. S’il nous faut bien sûr prévenir et lutter contre les violences faites aux femmes dans l’espace public, l’éclairage public reste un levier marginal. 

A l’heure où plusieurs villes de droite et d’extrême droite en France reviennent en arrière sur les avancées menées ces dernières années, nous réaffirmons avec le vote de ce soir sur la rénovation de l’éclairage public notre volonté que les actions d’extinction nocturne soient confortés, que le cas échéant de nouvelles formes de dialogue avec les habitantes puissent être mis en place et que l’ambitieux programme de rénovation, source d’importantes économies d’énergie, soit prolongé. 

– Seul le prononcé fait foi –